Samedi 8 septembre 2007
Tout désir, quoiqu’il relève de l’intentionnalité, n’est pas conscient.
Mais je me défie trop de moi-même pour défendre cette thèse audacieuse. Je m’abriterai donc derrière le livre que je suis en train d’étudier : Penser la vie, d’Alain Séguy-Duclot (Ellipses 2004, p. 119-125).
L’intentionnalité n’est pas la conscience, et il existe une intentionnalité non consciente.
L’intentionnalité, c'est le fait, pour un sujet, de viser un objet. Elle n’émerge qu’à un certain degré de complexité du système nerveux central. Je la refuse donc aux hydres et aux méduses, dont le système nerveux n’est pas centralisé. Mais je l’accorde aux mouches et aux escargots. Pour les ténias ou les huîtres, je n’en sais rien : il faudrait se renseigner auprès d’un neurobiologiste.
Quant à la conscience, elle correspond à un degré supérieur de complexité du système nerveux centralisé, pour lequel elle a une fonction régulatrice. Ce qui signe de l’apparition de la conscience, c’est la réflexion. Et continuant de répartir les facultés entre les vivants, je dirai que la mouche est incapable de réflexion, donc de conscience, alors que l’humain est conscient. N’étant pas particulièrement jaloux de mes capacités, je consens à attribuer aux chimpanzés, voire aux chiens, des ébauches de conscience. Quant à la réflexion, c’est, je crois, la faculté d’isoler un objet de son contexte, pour l’envisager dans un autre contexte. C’est ce que nous faisons lorsque nous nous reconnaissons dans un miroir. Si je veux me reconnaître dans un miroir, il faut que je sois capable de me « désaccaparer » du spectacle qu’il constitue, et d’en sortir mon image, afin de m’y retrouver. Autrement dit, se reconnaître dans un miroir, c’est isoler une image du contexte « miroir », afin de la replacer dans l’interaction qui se noue entre le soi et le miroir. Enfin, le langage est peut-être ce qui seul permet d’accéder à une complète conscience.
Il y a une forme d’anthropomorphisme à n’envisager la pensée animale qu’à partir de la conscience. Pourtant, ramener l’intentionnalité à la conscience, c’est soit dénier à l’animal l’intentionnalité, soit lui reconnaître la conscience. Qu’il y ait des désirs chez la mouche (des besoins, si l’on veut, ou ce que les Grecs appelaient epithumiai) ne pose pas problème. Or ces désirs sont des visées, des intentions. Prétendre que toute intention est conscience, quand cela se double de l’affirmation que toute conscience est conscience de soi, c’est finalement attribuer la conscience de soi aux mouches. Comme la conséquence est absurde, on préférera peut-être refuser que les animaux aient des désirs, ce qui n’est pas plus satisfaisant.
Toute pensée n’est pas consciente, ni même intentionnelle (ce dont tout écolier fait l’expérience, quand il récite au matin le poème qu’il n’arrivait pas à mémoriser la veille). La diversité du vivant oblige à briser les cloisonnements de l’intellectualisme.
Mais je me défie trop de moi-même pour défendre cette thèse audacieuse. Je m’abriterai donc derrière le livre que je suis en train d’étudier : Penser la vie, d’Alain Séguy-Duclot (Ellipses 2004, p. 119-125).
L’intentionnalité n’est pas la conscience, et il existe une intentionnalité non consciente.
L’intentionnalité, c'est le fait, pour un sujet, de viser un objet. Elle n’émerge qu’à un certain degré de complexité du système nerveux central. Je la refuse donc aux hydres et aux méduses, dont le système nerveux n’est pas centralisé. Mais je l’accorde aux mouches et aux escargots. Pour les ténias ou les huîtres, je n’en sais rien : il faudrait se renseigner auprès d’un neurobiologiste.
Quant à la conscience, elle correspond à un degré supérieur de complexité du système nerveux centralisé, pour lequel elle a une fonction régulatrice. Ce qui signe de l’apparition de la conscience, c’est la réflexion. Et continuant de répartir les facultés entre les vivants, je dirai que la mouche est incapable de réflexion, donc de conscience, alors que l’humain est conscient. N’étant pas particulièrement jaloux de mes capacités, je consens à attribuer aux chimpanzés, voire aux chiens, des ébauches de conscience. Quant à la réflexion, c’est, je crois, la faculté d’isoler un objet de son contexte, pour l’envisager dans un autre contexte. C’est ce que nous faisons lorsque nous nous reconnaissons dans un miroir. Si je veux me reconnaître dans un miroir, il faut que je sois capable de me « désaccaparer » du spectacle qu’il constitue, et d’en sortir mon image, afin de m’y retrouver. Autrement dit, se reconnaître dans un miroir, c’est isoler une image du contexte « miroir », afin de la replacer dans l’interaction qui se noue entre le soi et le miroir. Enfin, le langage est peut-être ce qui seul permet d’accéder à une complète conscience.
Il y a une forme d’anthropomorphisme à n’envisager la pensée animale qu’à partir de la conscience. Pourtant, ramener l’intentionnalité à la conscience, c’est soit dénier à l’animal l’intentionnalité, soit lui reconnaître la conscience. Qu’il y ait des désirs chez la mouche (des besoins, si l’on veut, ou ce que les Grecs appelaient epithumiai) ne pose pas problème. Or ces désirs sont des visées, des intentions. Prétendre que toute intention est conscience, quand cela se double de l’affirmation que toute conscience est conscience de soi, c’est finalement attribuer la conscience de soi aux mouches. Comme la conséquence est absurde, on préférera peut-être refuser que les animaux aient des désirs, ce qui n’est pas plus satisfaisant.
Toute pensée n’est pas consciente, ni même intentionnelle (ce dont tout écolier fait l’expérience, quand il récite au matin le poème qu’il n’arrivait pas à mémoriser la veille). La diversité du vivant oblige à briser les cloisonnements de l’intellectualisme.

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