Lundi 19 novembre 2007
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Lectorat, voici un petit texte, où je reprends quelques thèmes de ma discussion avec Loïc.
Je te conseille d’y faire un tour : bien que ce dialogue soit écrit en petit, tu y trouveras de quoi stimuler ta réflexion.
Y a-t-il des explications fausses ? Non, dira-t-on. Une explication fausse n’est pas une explication. Expliquer c’est donner la cause. Si l’explication est fausse, la cause
n’est pas donnée : on n’a donc pas expliqué.
A ce raisonnement j’oppose celui-ci :
Une théorie scientifique est un ensemble d’explications.
Or certaines théories scientifiques sont fausses.
Donc, certaines explications sont fausses.
Ce syllogisme présuppose que certaines théories scientifiques sont fausses. Est-ce possible ?
Dans le Ménon de Platon (98a 2-3), Socrate définit la science comme un ensemble d’opinions vraies reliées par un raisonnement qui en donne l’explication. Selon cette
définition, il est impossible que la science soit fausse. Cette conception vaut encore jusque chez Hegel, en passant par Descartes. Poser qu’être et pensée sont le même, c’est rendre
incompréhensible qu’une pensée conduite selon la raison puisse errer. Même la pratique épicurienne des explications multiples repose sur la croyance d’une parenté entre la matière et l’esprit,
qui permet à celui-ci de rendre compte de celle-là.
Pourtant, l’histoire de la science est celle de ses erreurs. La pensée scientifique, dit Bachelard, s’inscrit dans une « perspective d’erreurs rectifiées ». Mais comment
définir la science, si celle-ci n’est pas contraire à l’erreur ? Descartes nous a appris qu’entre le savoir et l’ignorance il n’y avait pas de milieu. Un discours scientifique, s’il peut
comporter des erreurs, est-il encore scientifique ? Ou encore : ces théories scientifiques que nous savons aujourd’hui être fausses, en quoi se distinguent-elles de théories
non-scientifiques ?
On connaît la réponse de Popper : une théorie scientifique a la chance de pouvoir être réfutée, alors qu’une théorie non-scientifique ne veut pas courir ce risque.
L’inconvénient de cette thèse, c’est qu’on voit mal à quoi l’appliquer. D’une part, l’expérience est toujours surdéterminée par la théorie. Autrement dit, l’expérience est un texte équivoque,
interprétable de plusieurs manières. L’ajout d’une hypothèse permet toujours de sauver une théorie. D’autre part, ce que Popper cite en exemples de théories non scientifiques peut tout à fait
être discuté d’un point de vue empirique : les prédictions du marxisme ou les descriptions de la psychanalyse peuvent être soumises à l’expérience. Popper se défendrait peut-être en disant
qu’un marxiste ou un psychanalyste ne reconnaîtra jamais son erreur. A quoi il faut répondre que ce qui est alors en cause, ce n’est pas la théorie marxiste ou psychanalytique, mais celui qui la
pense. Qu’il y ait des esprits non-scientifiques est une chose, une autre est l’existence de théories non-scientifiques. Au moins faut-il reconnaître un certain courage à Popper, quand il a
proposé la réfutabilité comme critère de la scientificité : cette définition, réfutable et réfutée, est à la hauteur de ses réquisits.
Par Nathanael
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Publié dans : Logique et épistémologie
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