Politique

Samedi 6 octobre 2007
La justice, ai-je dit, est la reconnaissance du droit (et non le respect du droit), l’injustice son déni (et non la transgression du droit). Qu’est-ce maintenant que le droit ? Un droit est une permission légitime. Permettre, c’est être d’accord avec une action. Le « oui » est la forme de toute permission.
 
On oppose d’ordinaire droit et devoir. En réalité, tout devoir est en même temps un droit. Devoir faire son service militaire, c’est avoir le droit de le faire. En Grèce, le service militaire est obligatoire ; il est pourtant interdit aux homosexuels. Cette discrimination montre a contrario qu’en Grèce le service militaire est un droit : les homosexuels n’ont pas le droit de le faire.
 
Il serait d’ailleurs absurde d’obliger à une action, sans en même temps la permettre. 
 
Aussi ne faut-il pas opposer droit et obligation, mais droit et absence de droit. Du droit au sens large, c’est-à-dire la permission légitime, il devient alors possible de distinguer trois concepts : le droit au sens étroit, l’interdiction, l’obligation. L’obligation est une permission légitime, comme on vient de le voir. L’interdiction également : c’est la permission de ne pas faire ce qui est interdit. Le droit au sens strict, c’est une action qu’on est libre de faire ou de ne pas faire. 
 
On retrouve ainsi à propos du droit les distinctions du possible, du contingent, du nécessaire et de l’impossible.
 
                      distinctions modales                   distinctions du droit 
                            
possible
nécessaire
 
droit au sens large
obligation
contingent
impossible
 
droit au sens strict
interdiction
  
 
Le contingent est ce qui est possible et ce dont l’opposé est possible. Le nécessaire est ce dont l’opposé n’est pas possible. L’impossible est ce qui n’est pas possible. Le droit au sens large serait alors la permission légitime, le droit au sens strict serait le droit de faire ou de ne pas faire (par exemple : le droit de grève). L’obligation serait le droit de faire (par exemple, le droit de porter assistance à une personne en danger) ; et l’interdiction, le droit de ne pas faire.
 
L’analogie entre les distinctions du droit et les distinctions modales a ses limites, précisément parce qu’une interdiction est une forme de droit, alors que l’impossible n’est pas une forme du possible. Ce qui correspondrait à l’impossible, plutôt que l’interdiction, ce serait l’absence de droit. Avant 1945, les femmes n’avaient pas le droit de vote en France. Mais le vote n’était pas interdit aux femmes : ce droit leur faisait défaut.
 
Pour l’exprimer autrement, « ne pas avoir le droit » peut exprimer soit une interdiction, soit l’absence d’un droit. « Ne pas avoir le droit de fumer dans les lieux publics » exprime une interdiction. « Ne pas avoir le droit de voter » exprime une absence de droit. « Je ne veux pas que les femmes votent » peut signifier : « je veux que les femmes ne votent pas », ou bien « les femmes ne sont pas concernées par mon autorisation au vote ».
 
On peut alors dresser établir les analogies suivantes :
 
                        distinctions modales                  distinctions du droit 
                                            
possible
nécessaire
 
droit
obligation
contingent
impossible
 
interdiction
absence de droit
 
1.        De même que le possible s’oppose à l’impossible, le droit s’oppose à l’absence de droit.
 
2.        De même que le nécessaire et le contingent sont deux modes du possible, l’obligation et l’interdiction et l’obligation sont deux modes du droit.
 
3.        De même que le contingent est ce dont l’opposé est possible, de même l’interdiction est ce dont l’opposé est permis.
 
Que les distinctions du droit et de la modalité soient pour ainsi dire isomorphes ne me paraît pas particulièrement mystérieux. L’origine commune de ces distinctions est le jugement, c’est-à-dire cette disposition que nous avons à dire « oui » ou « non ».
 
Peu importe d’ailleurs. Ces rapprochements sont amusants si l’on n’a que ça à faire. Je voulais seulement indiquer que l’opposition des droits et des devoirs ne tient pas, et que l’on doit poser quatre notions : le droit, l’obligation, l’interdiction, l’absence de droit.
Par Nathanael
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